Le quotidien

Samedi 29 octobre 2016

 

 

Imaginez-vous que, depuis la rentrée des classes, on navigue sur l’Océan Atlantique.

 

Ça en fait des jours à bord de Petit Prince, à se faire balloter par les flots et à vivre dans un espace grand comme un mouchoir de poche.

 

À bord, les biceps travaillent dur et l’équilibre est roi. Qu’il y ait tempête ou pétole, ça bouge toujours un peu. À force, on ne s’en rend plus compte, notre corps se rééquilibre tout seul, mais pas toujours ! Quand on est derrière la barre, on peut facilement anticiper. Mais quand on a besoin de prendre des seaux d’eau dans l’océan, il faut toujours faire attention à ne pas passer par-dessus bord. C’est pas toujours facile quand la houle nous ballotte dans tous les sens.

Alors pourquoi on s’entête à remonter des seaux d’eau ? Il faut savoir qu’en plein milieu de l’océan, l’eau douce est précieuse. Pour boire on prévoit des bidons d’eau, à savoir 1,5 litre par jour, par personne. Et pour le reste, nos cuves contiennent 460 litres. Mais on ne tiendrait pas une semaine si on s’en servait pour faire tout ce qui nécessite de l’eau.  Pour faire la cuisine et la vaisselle, pour nettoyer le bateau, pour la chasse d’eau, pour se laver les mains, les dents, se doucher, dans beaucoup d’actes de la vie quotidienne on utilise de l’eau. Alors à bord, dès qu’on peut, on utilise l’eau de mer. Par exemple, on lave la vaisselle à l’eau de mer et on rince à l’eau douce, pareil pour la douche. Et si on fait bien attention, on peut tenir un mois avec les réserves. Et il faudra bien, parce que pour la grande traversée, on doit compter environ 3 semaines.

 

Trois semaines sans toucher terre ! C’est l’ennui assuré, la galère ! Vous êtes nombreux à nous poser la question. À terre pour beaucoup de monde il est difficile de passer des heures assis à regarder l’horizon. On s’ennuie, on bouge, on lit, on regarde un film, on joue, mais on ne reste pas planté des heures, comme ça, assis, à regarder devant soi.

En mer la notion de temps semble différente. Quand on commence à regarder l’horizon, on peut tenir des heures sans s’en lasser.

Il y a tout d’abord les vagues et la houle qui modifient en permanence le paysage. Puis le ciel avec les nuages, les étoiles, le soleil et la lune qui lui donne chaque fois un aspect différent. Et surtout il y a les animaux.

Plus on s’éloigne de la côte, plus les oiseaux se raréfient. Au contraire, il y a de plus en plus de dauphins et autres cétacés. On ne s’en lasse jamais.

Et puis il y a les poissons qu’on espère voir dans notre assiette. On a d’ailleurs perdu beaucoup d’hameçons à essayer de pêcher notre diner. Mais avec le temps vient l’expérience. Dorades, thon, bonites et une espèce qu’on n’arrive pas encore à identifier, sont venus remplir nos estomacs plusieurs fois.

 

Pendant ce temps, la vie continue, les tâches du quotidien aussi. À tour de rôle on est à la barre, on fait la cuisine, la vaisselle et le ménage. Et puis il faut s’occuper des enfants, on passe beaucoup de temps à jouer avec eux. Notre jeu préféré c’est le UNO, de jour comme de nuit, on y passe des heures. Corentin adore ça et nous aussi. Pour Aurore c’est encore trop tôt. Ce qu’elle aime c’est les chansons, mettre les cordes à la bouche et essayer de tenir debout.

 

Au final il nous reste peu de temps pour nous reposer en prévision des quarts de nuit.

 

Pour vous l’expliquer, imaginez que Petit Prince est un petit château fort. Autour il y a un chemin de ronde que de petits soldats parcourent à chaque instant. Ils sont aux aguets pour prévenir toute attaque.

À bord nous surveillons les bateaux pour éviter une collision et nous adaptons notre cap et nos voiles en fonction du vent. Lorsqu’on arrive près des côtes il faut aussi surveiller la hauteur des fonds marins pour éviter de s’échouer, car, parfois, ils remontent très vite. Et Petit Prince a un tirant d’eau de 2 mètres.

Et surtout, la plupart du temps nous sommes à la barre, car le pilote automatique consomme de l’énergie. Et si nous n’allons pas assez vite et s’il n’y a pas assez de soleil, les batteries ne se rechargent pas. En plus il n’est pas aussi doué qu’un humain pour remonter au près ainsi que pour s’adapter aux forts vents.

 

Alors depuis que nous sommes partis, nous prenons notre ronde chacun notre tour pendant 2 à 4 heures de jour comme de nuit.

 

 Jour1

2h

5h

8h

10h

14h

16h

18h

20h

23h

Manu

Q

 

 

C

Q

 

 

V

Q

Pierre

 

Q

 

 

V

Q

 

 

 

Mimie

 

 

Q

 

 

E

Q

 

 

Mic

 

 

 

Q

 

 

C

Q

 

Jour2

                 

Manu

 

 

 

Q

 

 

C

Q

 

Pierre

Q

 

 

C

Q

 

 

V

Q

Mimie

 

Q

 

 

V

Q

 

 

 

Mic

 

 

Q

 

 

E

Q

 

 

                   
   

Q: quart

C: cuisine

V: vaisselle

E:

entretien

       

 

Ce tableau continu dans la même logique et tourne équitablement sur 4 jours.

 

Mais comme chacun le sait, il y a plusieurs catégories de soldats comme d’équipiers.

Il y a ceux sur qui tu peux compter et quand ils font leur ronde tu peux dormir sur tes deux oreilles. Les grands et forts compagnons, sur qui tu reposes toute ta confiance, et auprès de qui tu te rassures quand les vents se lèvent. C’est un de leurs moments préférés. Ils se préparent tout joyeux à jouer avec le vent. Et quand tu as un peu peur, tout seul à la barre, dans le noir, tu penses à eux, à ce qu’ils feraient et tu deviens courageux.

 

Et il y a le boulet.

On se demande bien comment il est arrivé là ! Je crois que c’est comme dans les livres. Le chef propose une mission. Puis il dit « que les volontaires avancent d’un pas ». Hors cette mission n’est pas très ragoutante. Personne ne veut se lancer. On regarde à droite à gauche, personne ne bouge. Tout à coup tout le monde recule d’un pas. Ne laissant qu’une seule personne devant. Pas besoin d’en dire plus, vous avez compris le caractère du personnage.

 

Alors après presque deux mois d’essai, il s’avère irréfutable qu’en réalité nous ne sommes que 3 personnes responsables à bord. Nous sommes donc en train de changer le planning pour nous partager les quarts de nuit à trois. Le temps de repos sera plus court mais plus sûre. Pour le reste des taches, c’est l’affaire du capitaine de motiver son équipier.

 

Contrairement aux soldats nous n’avons pas d’armure. Quand il fait froid ou quand il y a une tempête, on a une salopette qui monte jusqu’à la poitrine et une grosse veste. Mais maintenant le plus souvent, on est en short et t-shirt. Fini de s’encombrer, déjà le maillot de bain est maître à bord. Seul le gilet de sauvetage n’est pas en option quand il fait nuit.

 

Vous souvenez-vous du sauvetage de Lorenzo le nounours ? Si on tombait à l’eau de nuit ce serait beaucoup plus compliqué. Grâce au gilet de sauvetage, on a une chance de survivre pendant que le reste de l’équipage essaye de nous repêcher. Il s’éclaire quand il est dans l’eau, il y a un petit sifflet pour ne pas s’essouffler à crier, et bien sûr il nous permet de flotter.

Ça donnerait presque envie de se jeter à l’eau !

Sauf que la nuit, on ne voit pas bien ce qui va nous arriver dessus. Et parfois c’est une grosse vague qui vient nous réveiller. C’est salé, et pas vraiment agréable, alors on s’applique à en prendre le moins possible. Et pour ça quand il y a la lune c’est beaucoup plus facile. On peut les voir venir et agir en fonction. Faut dire que surfer sur les vagues en plein Atlantique avec un voilier de 14 mètres c’est fun !

 

 

Ciao

 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 4
  • #1

    johann (samedi, 29 octobre 2016 20:53)

    proposition : mettre le boulet de corvée de cuisine et vaisselle tous les jours ! Sauf si le boulet cuisine mal. Pour la vaisselle ça parait compliqué de mal faire !

  • #2

    Adam Classe De JC (vendredi, 18 novembre 2016 19:52)

    Bonjour Mimie Et Mic J'ai Une Question : Est-ce que nous referons un skypd

  • #3

    Mimie & Mic (mardi, 22 novembre 2016 16:46)

    Salut Adam,

    nous espérons bien pouvoir refaire un skype avec vous. Pour l'instant, au Cap Vert, les connexions internet sont trop rares et faibles pour le faire. Mais une fois arrivé aux Antilles on devrait pouvoir s'organiser un Skype.

    A bientôt

  • #4

    je m'appelle Emma Lemasson (mardi, 06 décembre 2016 17:32)

    je suis une élève de
    Margot verra