La vie à bord, Golfe de Gascogne

Jeudi 22 septembre 2016

 

Aujourd’hui, en direct du Golfe de Gascogne (45°06’ 616’’N/ 7°32'192’’W) , je m’adresse à tous ceux qui sont persuadés que l’on peut s’ennuyer à bord d’un voilier lors d’une traversée. J’espère qu’après ces quelques lignes vous comprendrez pourquoi je n’ai pas eu le temps d’écrire plus d’articles. Je suis également convaincue que même sans voir de photos vous imaginerez facilement la taille de mes cernes.

 

Voici maintenant 4 jours que nous n’avons pas touché ni aperçu la terre. Parti lundi matin après une course folle pour finir l’avitaillement avant de larguer les amarres à 10h nous n’avons pas été moins actifs depuis lors. Petite précision en ce qui concerne l’avitaillement : Mic et moi ayant eu un petit problème de réveil, on est parti au pas de course à 8h45 en direction de la superette située à 20 minutes de marche forcée, sacs à dos vides. On est rentré sur Petit Prince en même temps que Pierre qui revenait du magasin d’accastillage. Vous pourriez croire que l’on n’est pas organisé du tout. C’est pas faux. Mais essayez de vous rappeler une fois où vous êtes parti en vacances, en voyage ou en déménagement sans rien oublier ?

 

Il est 10h00, on saute à bord, on allume le moteur, on largue les amarres et c’est parti pour 400 nm de traversée en direction de la Corogne.

 

Une fois sorti du port et arrivé en eaux saines, Mic prend son quart à la barre, Pierre s’occupe de son fils, Manu de sa fille et moi je range les courses et fais la vaisselle du petit déjeuner que certains ont eu la chance de pouvoir prendre.

 

Il est maintenant temps pour moi de faire le repas du midi.

Il faut bien comprendre que cuisiner dans un bateau ou dans un appartement ne tient pas du même ressort. Premièrement l’espace est très réduit, voire riquiqui, deuxièmement l’eau est rationnée, troisièmement (et non des moindres) ça bouge, ça tangue, ça gîte !

 

Ensuite je prends mon quart à la barre, Pierre fait la vaisselle et les enfants réclament de l’attention. Ce jour-là il y a du vent. Après 4h à la barre Mic a attrapé froid il va donc se réchauffer dans la cabine et tâcher de se reposer un peu car la nuit nous avons également des quarts de veilles. Le pilote automatique est là pour nous aider mais il est indispensable qu’il y ait quelqu’un qui surveille régulièrement les alentours pour voir s’il n’y a pas d’autres voiliers ou cargos sur notre route, et agir en conséquence. Il arrive aussi parfois que le vent tourne, faiblisse ou augmente et le pilote n’est pas encore assez perfectionné pour gérer ça tout seul. Nous avons donc un planning ou les 24h sont répartis en quart de 2 à 4h, avec un roulement qui permet à chacun de voir de temps en temps le coucher et lever du soleil.

 

Chaque jour réclame également son lot de petites réparations. Un filet a réparer, un joint à recoler ou un hameçon à remplacer. Et puis il y a tout ce qui n’est pas indispensable mais qui rend la vie plus pratique ou qui prévient de futurs dommages. C’est ainsi pour tous les cordages qui s’effilochent et pour l’entretien général du voilier.

 

Et bien entendu à bord tout le monde ne réagit pas de la même manière. Il y en a qui, plein de bonne volonté se retrouve avec un mal de mer qui empêche toute autre activité que de barrer pendant 2 jours. Mic a d’ailleurs quelque peu maigri ! Et l’autre type de personne, moins dégourdi et sans réelle volonté de participer qui devient un fardeau supplémentaire.

 

Je résume : le bateau ainsi que les enfants réclament beaucoup d’attention ; le vent est instable ; cuisiner, faire la vaisselle où tout autre tâche ménagère prend beaucoup plus de temps et d’énergie qu’à terre, les nuits sont courtes et agitées, le sommeil est léger et les siestes indispensables .

 

 

Mais alors pourquoi on s’est lancé dans un tel projet ?

 

Parce qu’à coté de ça il est difficile de vous décrire avec des mots assez justes la beauté de l’océan, la diversité de ses couleurs et de ses formes. Il y a tant de nuances de bleu, tant de ciels différents que parfois on se sent sur une mer d’argent. Il arrive aussi qu’il soit tellement lisse que l’on croirait pouvoir marcher dessus. D’autres fois encore son agitation est telle qu’on se croit dans ces vieux films où le conducteur d’une voiture est tellement absorbé dans la discussion avec sa passagère qu’il ne regarde pas la route, on se rend compte alors que ce n’est qu’une image qui défile en fond d’écran.

Souvent on se retrouve dans cette impression d’irréel, comme dans un film, où la nature est tellement impressionnante qu’il est difficile de se croire dans la réalité.

 

Comment expliquer à quel point voir des dauphins ou autres céphalées peut remplir de joie. On passe des heures à les regarder jouer autour du bateau sans se lasser de leur beauté, de leur agilité et de leur grâce. A chaque fois qu’il y en a un qui fait un joli saut où qui passe très proche du voilier, il y a quelqu’un pour s’exclamer : « Regardez ils sont par là ! », « Wouah ! vous avez vu ils sont passés tout près ! », « Par ici, par ici, encore un ! »

 

Il est un bonheur tout aussi réjouissant qui est celui d’apprendre. Chaque jour, chaque heure de navigation nous en apprend plus sur les vents, l’océan et le voilier. Tester, expérimenter et prendre soin de sa petite maison sur l’eau est tout autant passionnant que gratifiant.

 

Bon vent

 

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